Comédie musicale : «Azor», une opérette déjantée à l’Athénée Louis Jouvet

Par Sylvain Merle, le 29 décembre 2018

La compagnie « Quand on est trois » met en scène l’opérette imaginée par Gaston Gabaroche en 1932.

Rock, barrée et hilarante que cette « Azor », opérette créée sous la houlette de Gaston Gabaroche en 1932, que Stéphan Druet et la compagnie « Quand on est trois » revisitent en une comédie musicale déjantée, actuellement sur la scène de l’Athénée Louis Jouvet (Paris IXe). Parfait prétexte à s’amuser que ce vaudeville musical et policier où se croisent flics, marlous et gens de la haute dans ces années qui n’ont jamais aussi bien porté le nom de « folles ». Ce spectacle a ce même grain, cette folie douce et légère, revigorante promesse d’ailleurs.

Nom de chien, Azor est ici surtout le surnom donné au nouveau commissaire du quartier d’Auteuil. Jeune, rêveur et poète qui préfère ses vers aux dossiers en cours… Entiché d’une femme rencontrée par hasard - la fille du ministre de la Justice apprendra-t-il - qui ne cherche, elle, qu’un mauvais garçon, il fuit les violents et insistants assauts d’une ancienne maîtresse, femme au mari dangereux… L’affaire se pimente un peu avec l’entrée en scène de la jeune Cloclo la Panthère, petite pépée des rues amenée pour vol à l’étalage et qui va s’amouracher du flic poétique. Cette rencontre va bouleverser le quotidien d’Azor…

Dansant et bondissant

Du jazz, du rock, du psychédélique… directeur musical, Emmanuel Bex muscle la partition, ici adaptée pour trois musiciens - guitare, batterie et orgue Hammond – qui s’intègrent volontiers au récit, partageant la même dinguerie que les interprètes. Dansant et bondissant, ils jouent et chantent allègrement dans une belle outrance de circonstance. De 1932 à 2018, l’action est ramenée de moitié dans les années 1970, période de liberté débridée qu’évoquent costumes, flamboyants, accessoires ou encore décor… Des apaches, des mauvais garçons, des poules et des poulets, des bourgeois encanaillés, une réjouissante bagatelle des années folles à la sauce seventies, qu’on appréciera aujourd’hui dans un grand éclat de rire tout en frappant la mesure avec le pied.

 

 

Opérette : la résurrection d’« Azor », désordre virtuose

L’œuvre de Gaston Gabaroche, créée en 1932, renaît en toute liberté sur la scène de l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet à Paris.

Par Pierre Gervasoni Publié le 19 décembre 2018 à 09h10 - Mis à jour le 19 décembre 2018 à 09h10

Il est d’une humeur de dogue quand il n’est pas dans ses vers. Poète à ses heures, Azor (c’est son surnom, mais pas son nom de plume), officie comme commissaire de police dans le quartier d’Auteuil, à Paris. Tel est le personnage principal de la « comédie policière » Azor, créée en 1932 aux Bouffes-Parisiens et tirée de l’oubli pour constituer l’affiche de l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, à partir du 20 décembre.
Aussi riche en correspondances que le métro parisien (dont la carte, en grand format, plante le décor de la première scène), l’intrigue vaut sans cesse au spectateur de sauter d’un quai à l’autre, du présent contraignant à l’avenir rêvé, du théâtre de boulevard (les quiproquos prisés par Feydeau) à la scène lyrique (avec, entre autres, un clin d’œil à Carmen), de l’entre-deux-guerres (en musique, avec one-step et rumba) à l’intemporel (l’argot parisien).

La mise en scène de Stéphan Druet va dans le sens du parti d’origine, qui consistait à jongler avec les repères

Pris dans l’engrenage des passions amoureuses, Azor doit subir les assauts d’une ancienne maîtresse (mariée à un notable jaloux), alors que sa flamme est entretenue par une jeune inconnue (dont il ignore encore qu’elle est la fille du ministre de la justice) et qu’il s’est lié d’amitié avec Cloclo-la-Panthère (une habituée du panier à salade qui en pince pour lui tout en étant proche d’un truand très recherché, Kiki-le-Frisé).
La mise en scène de Stéphan Druet va dans le sens du parti d’origine, qui consistait à jongler avec les repères. Les anachronismes sont donc monnaie courante dans son spectacle aux allures de feu d’artifice (ça tire dans tous les coins, parfois de manière un peu gratuite, comme lorsqu’une gendarmette laisse libre cours à ses pulsions lesbiennes avec une femme mise au trou pour la nuit), qui culmine dans une soirée psychédélique (c’est le mot, introduit dans les répliques d’aujourd’hui).

Chenil pour jeux de mots

Le travail du metteur en scène rend aussi sensible l’indéniable parenté entre Azor et Irma la Douce, comédie musicale qui, en 1956, avec un même accent de titi parisien, chantera l’amour entre un ex-flic (Nestor) et une prostituée (Irma) sous le couvert d’une poésie à double sens. D’ailleurs, n’y dit-on pas d’Irma, lors d’un chœur aux rythmes latinos, qu’« elle a du chien » ? La nouvelle production d’Azor (vue en novembre après une semaine de résidence au Théâtre Montansier, à Versailles) en a aussi, et à revendre. Un vrai chenil pour jeux de mots de toutes espèces. Le livret est signé Albert Willemetz (bien connu pour ses collaborations avec Maurice Yvain, mais peu mis à contribution ici), Max Eddy (pour quelques couplets) et Raoul Praxy (majoritairement).
La musique est due à Gaston ¬Gabaroche (1884-1961), un chansonnier qui s’est illustré par ses ¬talents d’acteur, au cinéma, et à Fred Pearly et Pierre Chagnon, ses habituels associés. Trois auteurs pour les paroles, autant pour les notes, l’œuvre semblait faite pour la compagnie Quand on est trois, qui en a conçu l’adaptation.

Cette troupe, découverte en binôme, en 2015, dans « Oh-la-la oui oui », s’épanouit dans le dépassement des frontières esthétiques

Cette troupe, que l’on avait découverte en binôme, en 2015, dans Oh-la-la oui oui, également mis en scène par Stéphan Druet, s’épanouit dans le dépassement des frontières esthétiques. Avec eux, l’opérette relève autant du café-théâtre que de la comédie musicale. Quant à sa base instrumentale, très « sixties » avec le trio d’Emmanuel Bex (lui-même à ¬l’orgue Hammond, Antoine Fresson à la guitare et Tristan Bex aux percussions), elle est d’une souplesse que seule permet la pratique du jazz en virtuose de l’écoute mutuelle.
Dynamique et drôle à souhait, la distribution ne se limite pas aux trois fondateurs (Emmanuelle Goizé, Gilles Bugeaud et Pierre Méchanick, qui s’en donnent à cœur joie dans de multiples rôles), mais réunit huit artistes en toute liberté dans le sillage de Quentin Gibelin (Azor), magnifique représentant d’une nouvelle race de chant éperdu, sans collier.

 

 

AZOR, OPÉRETTE POLICIÈRE

Compagnie Quand On Est Trois

du 20 décembre 2018 au 13 janvier 2019 - Athénée-Louis-Jouvet - Paris (75009)

Azor est le surnom du commissaire de police du quartier d’Auteuil à Paris. Poursuivi par une femme mariée et une voleuse à la tire, c’est un ahuri au grand cœur qui a eu le coup de foudre pour la fille du ministre de la Justice, tout en étant contraint de s’enrôler dans la bande du redoutable Kiki-Le-Frisé
De Compagnie Quand On Est Trois, mise en scène de Stephan DruetEmmanuel Bex arrangements et claviers, Alma de Villalobos (chorégraphie). Avec Julien Alluguette, Gilles Bugeaud, Pauline Gardel, Quentin Gibelin, Emmanuelle Goizé, Estelle Kaïque, Pierre Mechanick.

L’AVIS DE LA REDACTION :   

Par Thierry Hillériteau (Le Figaroscope)


Un flic poète, une amante tueuse, une voleuse au grand cœur et une fille de ministre. Tel est l’étrange bestiaire qui compose Azor. Si cette comédie musicale typiquement française emprunte son nom au chien du principal protagoniste, ce n’est que pour mieux en caricaturer le maître… et ses maîtresses. Car c’est bien l’amour qui sert de toile de fond à cette délicieuse comédie musicale policière, comme seul l’entre-deux-guerres savait en produire. Oscillant entre le jazz, tout juste débarqué à Paris, l’univers des revues et de l’opérette légère qu’elle lorgne, cette partition créée en 1932 aux Bouffes Parisiens est l’œuvre de Gaston Gabaroche. Un compositeur aujourd’hui tombé dans l’oubli mais emblématique de ce Paris des Années folles. C’est donc à cette effervescence que le metteur en scène Stephan Druet et le pianiste et compositeur Emmanuel Bex s’attacheront à rendre cet ouvrage. Une effervescence qui doit autant aux musiques syncopées et éclectiques du Bordelais Gabaroche qu’au livret du maître du genre Albert Willemetz. Gageons que Druet, Molière du meilleur spectacle musical en 2018 pour sa si délicate et sensible mise en scène de L’Histoire du soldat au Théâtre de Poche, saura rendre hommage, comme il se doit, à sa verve aussi comique que poétique. Les réorchestrations d’Emmanuel Bex, qui adjoignent au piano orgue Hammond et batterie, ramèneront quant à elles la pièce dans un univers contemporain et juvénile, proche de l’esprit de son créateur. Ce Gabaroche dont les commentateurs soulignèrent, à l’époque, le charme de l’« enfantine gaucherie ».

 

 

Azor

Par Christophe Barbier

Le commissaire a pour surnom un nom de chien. Cela aurait pu être Médor, c'est Azor. Poète à ses heures, le chef des pandores de Neuilly est amoureux et aimé. Mais pas de la même personne. Il s'est entiché de la fille du ministre de la Justice tout en cédant aux avances d'une notable. Pendant ce temps, la bande à Kiki-la-frisette cambriole les villas des alentours... S'ensuit un vaudeville policier tout en quiproquos, où bandits, gendarmes et bourgeois se mélangent dans un bal endiablé. 

De cette comédie musicale de 1932 vouée à la gaîté et non à la profondeur, la compagnie "Quand on est trois" fait un délire psychédélique, rock and pop, transposé dans ces années soixante-dix où la laideur de la mode et de la déco (lustres terrifiants d'audace au troisième acte!) n'a d'égale que le relâchement des moeurs. Guitare électrique, orgue Hammond et batterie fouettent les voix et l'action. La mise en scène de Stéphan Druet et la chorégraphie d'Alma de Villalobos fourmillent d'idées, tandis que, débordants d'énergie, aptes aux prouesses vocales et encore plus à l'autodérision, acteurs et actrices se déchaînent, ne cherchant pas à installer des mélodies mais à hystériser le plateau. Mention spéciale pour Gilles Bugeaud, en cocu au fusil puis en Garde des Sceaux (des sots?), et pour Emmanuelle Goizé, irrésistible en bourgeoise foldingue à tendance nymphomane. Qui cherche pour les Fêtes une portion d'hilarité à croquer peut foncer vers la niche d'Azor. C. B. 

La Note de L'Express :17/20 

Théâtre de l'Athénée, Paris (IXe)

 

 

AZOR DE GASTON GABAROCHE À L’ATHÉNÉE – TRAITEMENT MULTIVITAMINÉ

Par Alain Cochard

Avec la fin de l’année, l’opérette trouve rituellement sa place à l’Athénée. Point d’ouvrage d’Offenbach ou d’Hervé à l’affiche cette fois : la maison de Louis Jouvet joue la carte de la rareté avec Azor, partition cosignée de Gaston Gabaroche, Pierre Chagnon et Fred Pearly sur un livret partagé, lui aussi, entre l’incontournable Albert Willemetz, Max Eddy et Raoul Praxy.
Créé en septembre 1932 aux Bouffes Parisiens (Arletty tenait le rôle de Mme Marny), Azor offre une parfaite illustration de ces opérettes/comédies musicales chères à l’entre-deux-guerres et, plus précisément ici, à des années 30 touchées de plein fouet par les effets du krack de 1929. Azor est le surnom d’un certain Gaston, commissaire de police de l’Ouest parisien, poète (très) inoffensif à ses heures, amateur de cravates et de caleçons à pois, qui se retrouve mêlé aux agissements d’une bande de voleurs des beaux quartiers ; autant dire que l’action regorge de rebondissements et de goûteuses invraisemblances.

De rythme, l’Azor proposé à l’Athénée n’en manque pas, puisque c’est revu et corrigé par le jazzman Emmanuel Bex que l’on découvre l’ouvrage de Gabaroche, arrangé pour guitare électrique, batterie et orgue Hammond. Pas de place pour la nostalgie dans cette version (avec voix sonorisées) ; elle vous embarque dans un étourdissant spectacle de deux heures, sans entracte - et sans temps mort ! Stéphan Druet (mise en scène) et Alma de Villalobos (chorégraphie) ont su parfaitement faire corps avec les options musicales jazz-rock d’E. Bex ; le résultat s’avère réjouissant de tonus et de fluidité.

Il vrai qu’Azor peut compter sur le talent des chanteurs de la Compagnie Quand On Est Trois (on y retrouve des artistes s’étant précédemment illustrés chez Les Brigands). Mélange de naïveté et d’impétuosité – et physique de l’emploi  – : Quentin Gibelin est simplement parfait dans le rôle-titre. On ne résiste pas plus au Robert Favier de Julien Alluguette, aussi bon chanteur et comédien que danseur (son remarquable déhanché est très sollicité tout au long de la soirée), à Gilles Bugeaud, impayable en brigadier, comme en M. Marny ou en Ministre de la Justice lors du croquignolesque bal costumé sur lequel se clôt l’ouvrage. La Mme Marny, complètement nympho, d’Emmanuelle Goizé (qui signe par ailleurs la scénographie) nous vaut de sacrés fous rires, tout comme la Ministresse d’Estelle Kaique – avec son faux air de Valérie Lemercier – , la Marlène Dubois très sexy de Fanny Fouquez et la piquante Cloclo-la-Panthère de Pauline Gardel. N'oublions pas, enfin, l’irrésistible Steinkopf de Pierre Méchanik, prestidigitateur rusé reconverti dans le cambriolage au sein de la bande de Kiki-La-Frisette.

Installés à cour sur la scène, les musiciens prennent part au spectacle dans des rôles secondaires : Antoine Fresson (guitare) pour Kiki-La-Frisette, Tristan Bex (batterie) en ambassadeur du Paraguay et Emmanuel Bex (orgue Hammond, claviers) en directeur de la Banque de France. Azor, vous l’avez compris, nous réserve une savoureuse galerie de portraits : ils ne prennent que plus de relief par les vertus de la potion multivitaminée prescrite par le docteur Bex ! La fête dure jusqu’au 13 janvier.

 

 

Et aussi :

 

... Un véritable travail collectif qu'il convient de saluer, une mécanique qui fonctionne comme une horloge...un spectacle au poil !...

 

 

 

Fichier:Logo Canard enchaîné.svg

 ...Folle extravagance… Les interprètes sont au poil et les comédiennes ont du chien !...

 

 

..."Azor" est un trésor, léger comme une plume, cahotique et frénétique comme la vie. Allant du graveleux au précieux, le livret avance dans le son et le rythme du vaudeville, du caf'conc', du music-hall, de l'opérette. Tout cela swingue, tout cela chaloupe. Les comédiens chanteurs, offrent des moments d'âme à chaque personnage. Les enchainements sont tenus, maitrisés, précis et virtuoses...

 


...Azor, un spectacle de troupe mené à 100 à l’heure. On bascule résolument vers le jazz, la musique rock ou pop, cet Azor est plein de joyeuses ressources et de franche gaieté... 

 

 

 

​ ...Du swing idéal pour les fêtes !...
 

...Aux manettes, tel un DJ aux multiples platines aux doigts magiques, Stéphan Druet dirige cette fantaisie débridée dispensée par une excellente troupe de comédiens-chanteurs survoltés que la chorégraphe Alma de Villalobos met au pas de danse échevelée. Stéphan Druet, le magicien des spectacles musicaux, l’homme aux mille trouvailles impose un rythme effréné à ces comédiens- chanteurs qui tiennent totalement en haleine le public pendant deux heures. Un vrai délice. Un éclectisme musical détonnant et moderne. Azor est un spectacle d’une grande qualité musicale, cocasse et gentiment irrévérencieux...

 

 

 

Un Fauteil pour l'Orchestre

...C’est une joyeuse et généreuse folie qui règne sur le plateau. Les chanteurs-comédiens survoltés et au diapason s’en donnent à cœur joie, c’est évident. Ils sont épatants, tous. Et bourrés de talent...

 

..Stéphan Druet, le magicien des spectacles musicaux, l’homme aux mille trouvailles impose un rythme effréné à ces comédiens- chanteurs qui tiennent totalement en haleine le public pendant deux heures. Un vrai délice. Un éclectisme musical détonnant et moderne. Azor est un spectacle d’une grande qualité musicale, cocasse et gentiment irrévérencieux. C’est une joyeuse et généreuse folie qui règne sur le plateau. Les chanteurs-comédiens survoltés et au diapason s’en donnent à cœur joie, c’est évident. Ils sont épatants, tous. Et bourrés de talent...